Mot de l'archiviste

Les archives ne sont que très rarement un lieu accessible et accueillant. Plus souvent qu'autrement, on fait face à des piles de documents dans des classeurs mal classés; il faut savoir précisément ce que l'on recherche, après s'être arméE de motivation et de patience. L'avènement d'internet permet, de plus en plus, un accès relativement instantané à l'information. C'est donc de cette prémice qu'est né ce projet d'archives du mouvement étudiant québécois. Un casse-tête n'est jamais complété que lorsque l'on a en main tous les morceaux pour se mettre à l'ouvrage; espérons que ces archives sauront, de la même façon, nous fournir des moyens, des connaissances, pour améliorer nos conditions d'existence. Les articles sont copiés ici, sans autorisation et le plus fidèlement possible, fautes originales incluses. Bonne lecture!

Jusqu'à nouvel ordre, du contenu s'ajoutera ponctuellement.

Index des documents disponibles

Bientôt..!
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Le mot du rédacteur

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

Voilà, les sueurs froides de la première édition sont passées. Nous pouvons nous montrer fiers de la critique que nous avons reçu. Les difficultées d'apprentissage se sont révélées nombreuses, des erreurs dans la maquette, dans le montage, dans la composition et la présentation. On s'y attendait, l'expérience ça se paie. «le Québec ETUDIANT» a mis un mois pour réaliser son premier numéro. Un mois ou les dernières heures furent démentes.

Pour le deuxième numéro, nous serions en droit de croire qu'une multitude de défauts sont disparus. La réalité est quelque peu différente, devant le conflit à la CEQ, nous avons jugé bon de déménager temporairement nos bureaux au Cégep Ste-Foy. L'exécuité des locaux et le manque de matériel ont rendu la sortie de ce numéro très ardue. En compensation, dans quelques années, il sera agréable de se remémorer tout le «folklore» qui entoura la naissance du «le Québec ETUDIANT». (...)

Pierre Potvin

Éditorial

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

Des réalités qu'on oublie

58% des étudiants de collège «1» craignent pour le financement de leurs études. [1]

Voilà une révélation inquiétante, sortie du tableau [assez noir] que tracent les sondages scientifiques. Cette inquiétude reflète un état d'esprit fait d'inquiétude et d'apréhension face à un avenir incertain. L'étudiant qui parvient à se financer tant bien que mal n'a aucune garantie de pouvoir continuer l'année suivante, aucune garantie de trouver un emploi d'été, aucune garantie de pouvoir rembourser ses prêts. Cet état d'esprit, on le constate dès qu'on s'assied et qu'on discute avec d'autres étudiants. Comment s'étonner, alors, des commentaires acides que nous entendons dans le cadre de la tournée nationale. Anxieusement, une question surgit à travers les assemblées d'étudiants : «Y a-t-il une solution de bon sens au fouillis actuel du placement et de l'aide financière»?» Il y en a certainement une, celle de tenir compte des réalités.

Tenir compte des réalités, c'est se dire qu'on ne peut plus exiger d'un étudiant des sommes qu'il n'a pas, pas plus qu'on ne peut le faire pour ses parents ou son conjoint. Tenir compte des réalités, c'est calculer enfin d'une façon réaliste les besoins réels des étudiants, plutôt que de fixer des nonnes arbitraires comme on le fait actuellement. Enfin, c'est fournir à chacun une opportunité égale de s'instruire en abolissant des contraintes d'un autre âge telles que les frais de scolarité. Nous sommes 200,000 à étudier dans les collèges et universités du Québec. 200,000 jeunes pour qui l'égalité des chances est une promesse d'élection bien plus qu'une réalité. Le gouvernement actuel attend beaucoup de la jeunesse pour réaliser ses projets d'avenir. Mais qu'aurons nous en retour? Beaucoup de jeunes fondent un grand espoir dans le gouvernement actuel.

Les étudiants du Québec vont bientôt s'assembler dans chacune de leurs institutions et dans leur congrès national pour formuler des revendications à la mesure de leurs besoins, des besoins criants, pour lesquels ils ont tenu une grève d'un mois à l'automne de 1974. Lors de cette grève spontanée, le gouvernement de Robert Bourassa a subi les foudres de la masse étudiante pour son refus de négocier et d'accéder à des demandes légitimes. Malgré toute sa spontanéité, son peu de préparation et d'organisation, ce combat a rapporté des gains. Par exemple, la réduction de la contribution d'été pour l'étudiant chômeur, l'abolition de la contribution des parents sur les prêts, une certaine indexation etc. Cependant, de tous les acquis de 1974, la fondation de l'ANEQ est peut-être le plus marquant. En effet, par expérience pratique, il est apparu évident qu'il fallait aux étudiants une organisation nationale forte et autonome qui leur appartienne. Alors qu'en '74 nous n'avions pas une telle force, aujourd'hui nous avons l'ANEQ. A nous d'utiliser à bon escient cette organisation de défense démocratique où chaque étudiant doit pouvoir s'informer, s'exprimer et participer aux décisions. Avec la tournée nationale, la parution de «le québec ETUDIANT», une consultation s'engage. Ces consultations mèneront, dans les semaines à venir, à la tenue d'assemblées locales et du congrès national. Les étudiants auront alors l'occasion de mettre de l'avant leurs solutions a l'incertitude et aux inégalités dont ils sont l'objet. Moyennant une bonne participation, l'ANEQ peut être une force qui rapportera de meilleurs gains pour '77-'78, de même que les années à venir.

François Couture
Collège d Alma
Secrétaire général

Le 11ème Festival Mondial de la jeunesse et des étudiants

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

«POUR LA SOLIDARITE
ANTI-IMPERIALISME,
LA PAIX ET L'AMITIE»

par Daniel Pauquet

[Daniel Pauquet, secrétaire à l'information de I'ANEQ, est également depuis janvier dernier un des deux co-présidents du Comité préparatoire du Canada pour le 11ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants]

Voilà les thèmes qui animeront la jeunesse et les étudiants du monde au grand rendez-vous de 1978 à La Havane, capitale de la république insulaire de Cuba. En effet, du 28 juillet au 5 août de l'an prochain se déroulera le 11ème Festival d'une longue tradition de progrès pour la paix, l'amitié et la solidarité anti-impérialisme. Ce festival unique en son genre et surtout par son ampleur regroupera plus de 20,000 représentants d'organisations de jeunesse de divers horizons politiques, religieux et philosophiques reflétant les préoccupations de la vie des jeunes d'aujourd'hui.

Le Québec sera lui aussi représenté l'an prochain ; et c'est la première fois depuis 1949 que la délégation québécoise sera constituée sur une base aussi large. Déjà la Centrale de l'enseignement du Québec, l'Association nationale des étudiantes du Québec, diverses organisations de jeunes immigrants (grecs, haïtiens, antillais, portugais, et d'autres encore), la Ligue des jeunesses communistes du Québec, des groupes culturels et même Gilles Vigneault se sont déjà impliqués ou sont manifesté l'intention de participer à la préparation de la délégation du Québec.

A ce sujet, les diverses organisations sont regroupées au Québec au sein du Comité de coordination du Québec dont la constitution et la déclaration de principes reposent sur les thèmes de l'Appel émis par le comité international préparatoire. Plus précisément, nous aurons une délégation bi-nationale au festival, c'est-à-dire que le Comité de coordination du Québec insère sa structure et ses activités au sein du comité plus large qu'est le Comité préparatoire du Canada. Ce comité de par sa constitution respecte le caractère bi-national du Canada comme en témoigne d'ailleurs le fait qu'il y ait deux co-présidents, tous deux sur le même pied d'égalité, représentant respectivement le Québec et Canada anglais et aussi le fait que le Comité de coordination du Québec n'est pas un comité provincial, mais bien le porte-parole du Québec et pleinement autonome quant à sa régie interne. Cependant, il faudrait ajouter que les relations entre le Comité du Québec et les autres instances au Canada anglais sont marquées sous le sceau de l'unité et de la fraternité.

Les thèmes du festival, entendons les thèmes principaux, car il aura des thèmes plus particuliers portant sur la question de la femme, des droits de la jeunesse, etc ., donc les thèmes du festival qui sont pour la solidarité antiimpérialisme, la paix et l'amitié s'expliquent par la préoccupation commune des organisations participantes à lutte pour un monde de paix, de paix durable. C'est donc un appel à l'unisson pour que l'on mette un terme à la course aux armements, aux menaces de conflit armés et à l'agression. Quant à l'amitié, elle se vivra bien concrètement pendant les dix jours que dureront le festival ; dix jours d'activités communes, de compétitions sportives, de spectacles, d'échanges et de rencontres. Certes un des thèmes majeurs sera la solidarité anti-impérialiste que se manifeste par la volonté commune des jeunes et des étudiants de s'opposer à la mainmise des grandes sociétés transnationales sur le libre développement des peuples et des nations; plus près de nous, l'ANEQ a déclaré à son dernier congrès dans le cadre de cette prise de position que les coûts de l'éducation et des services sociaux au Québec devaient être assumés par les principaux bénéficiaires, soit les monopoles et les sociétés nationales.

Notons au passage que le festival se déroulera à Cuba ; les raisons qui militaient en faveur de ce choix reposent sur la volonté du Comité international préparatoire d'avoir des garanties fermes quant aux coûts. On sait que le gouvernement de Cuba s'est engagé à maintenir les tarifs réguliers que ce soit pour le transport, le logement et l'alimentation. D'autre part, le gouvernement cubain s'est même impliqué en assurant des conditions d'organisation et d'accessibilité qui n'aurait pu être possible dans un autre pays d'Amérique. Naturellement, le Festival peut se tenir dans n'importe quel pays du monde, selon le choix des membres du Comité international préparatoire dont le Canada est membre. Par ailleurs, le gouvernement du Québec par le biais du ministère des affaires inter-gouvernementales a paru très intéressé par le mouvement amorcé autour du festival. Récemment des représentants du Comité de coordination du Québec rencontraient des hauts fonctionnaires de ce ministère qui ont invité ce dernier à lui soumettre une demande de subvention pour ses diverses activités.

Comme le nom du festival l'indique, celui-ci s'adressera assez particulièrement pour le monde étudiant. D'ailleurs, un des principaux initiateurs est l'Union internationale des étudiants qui a soumis au Comité international préparatoire des recommandations en égard à l'élaboration du programme étudiant pour la durée du festival. A ce sujet, les relations entreprises entre cette dernière et l'ANEQ permettront à toutes les associations affiliées à la centrale étudiante de recevoir une information détaillée sur les projets qui s'inscriront pendant les dix jours du festival à Cuba. Une partie relativement importante portera sur la solidarité avec les étudiants des pays en voie de développement, mais également avec les étudiants vivant dans les régimes de dictature militaire comme en Uruguay et au Chili.

Le communiqué final de la troisième réunion du Comité international préparatoire en fait d'ailleurs état en précisant que «le programme doit aussi accorder une attention spéciale à la lutte des peuples d'Afrique australe, en particulier de Namibie, du Zimbabwe et d'Afrique du Sud, pour la libération nationale, contre le racisme et l'apartheid ; à la lutte des peuples arabes et de leurs mouvements de libération nationale contre l'impérialisme, le sionisme et la réaction, particulièrement en solidarité avec le peuple arabe de Palestine sous la conduite de l'O.L.P. ; à
la lutte du peuple, de la jeunesse et des étudiants du Chili contre la junte fasciste et à celle d'autres peuples d'Amérique latine pour l'Indépendance nationale, contre l'impérialisme, le colonialisme et la réaction». Sous ce rapport, l'Appel émis par le Comité de coordination du Québec se termine en concluant que «l'évolution rapide et les grands changements qui se sont manifestés dans le monde sont aussi vrais pour l'évolution du Québec, de son peuple et de sa jeunesse. Ils sont caractéristiques de son émancipation culturelle, nationale, sociale et politique des dernières années. Ils se traduisent par une aspiration grandissante à la dignité humaine et nationale, aux changements démocratiques et progressistes, à l'unité des masses populaires et de la jeunesse pour la défense de leurs droits légitimes ; par une solidarité nouvelle à la cause de l'unité anti-impérialiste, pour la paix et l'amitié.

Pour entrer en contact avec le Comité de coordination du Québec, il suffit d'écrire directement à l'adresse suivante :

Comité de coordination du Québec pour le 11ème Festival de la jeunesse et des étudiants
2336, chemin Ste-Foy
Ste-Foy, Québec 10e

Voici en terminant la liste (non-complète) des principales organisations qui ont été rejointes pour participer aux travaux du Comité du québec :
- Centrale de l'enseignement du Québec
- Confédération des syndicats nationaux
- Fédération des travailleurs du Québec
- Union des producteurs agricoles
- Association nationale des étudiants du Québec
- Union des ouvriers unis de la radio et la machinerie d'Amérique
- Amis des peuples d'Amérique Latine
- Groupe de recherches photographiques
- Ligue des femmes du Québec
- Conseil québécois de la Paix
- United Church of Canada
- Jeunesse ouvrière chrétienne
- Jeunesse étudiante catholique
- Conseil de la jeunesse scientifique
- Ligue des jeunesses communistes du Québec
- Chorale V'là le bon vent
- Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal
- Les amis de la jeuness de Grèce à Montréal
- Union des artistes
- Young Men Christian Association
- Fédération des associations musicales du Québec
- Confédération des sports du Québec
- Société des festivals populaires du Québec
- Comité haïtien du 11ème Festival
- Association des chiliens du Québec
- Presse étudiante nationale
- Youth Theatre
- provincial Association of Protestant Teachers of Quebec
- Fédération des centres socioculturels
- Young Women Christian Association

Sont aussi invitée toutes les organisations de tous les horizons politiques, philosophiques et religieuses animées par le désir de promouvoir les droits de la jeunesse, la paix et l'amitié dans le monde.

A mort le tabagisme

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

Le centre anti-tabac distribue gratuitement 5,000 dragées qui peuvent enlever l'envie de fumer.

PARIS - Une dragée que l'on peut aujourd'hui trouver en France se propose de réaliser le rêve de tous les fumeurs : couper l'envie de fumer sans provoquer l'irritabilité, sans faire courir aucun danger. Pendant une période limitée le Centre de Propagande Anti-Tabac distribue gratuitement un échantillon de cette dragée à tous les fumeurs qui en font la demande. Nous signalons à nos lecteurs que pour recevoir cet échantillon gratuit il suffit d'envoyer rapidement une enveloppe portant leur nom et adresse à Centre de Propagande Anti-Tabac, 4221 Ste-Catherine St. W., Suite 220, Montréal, Québec H3Z 1P6. Dept. M2. Signalons encore, outre que cette offre est entièrement gratuite, qu'elle ne vous engage en rien. Si vous avez plus ou moins l'intention d'arrêter de fumer c'est là une occasion à ne pas laisser passer. (BNIR).

La tournée de l'ANEQ à Alma - ÇA PART EN GRANDE!

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

par Richard Bousquet

«S'instruire, c'est s'appauvrir!» C'est en ces mots que Michel Forget, membre du Conseil Central de l'ANEQ, résumait le point «Situation financière des étudiants» lors de l'assemblée générale des étudiants, le 7 septembre dernier, au Collège d'Alma. Cette assemblée revêtait une importance particulière puisqu'elle était l'inauguration de la tournée nationale de l'ANEQ. Elle portait sur la situation financière précaire des étudiants du Québec et des solutions que l'ANEQ veut discuter avec ses membres, c'est-à-dire, 110,600 étudiants du Québec et évidemment tous les autres qui ne sont pas membres mais qui ont quelque chose à dire. Devant une foule enthousiaste, Michel Forget, assisté de François Mallette membre du Conseil Exécutif de l'ANEQ et de François Couture secrétaire général du mouvement, a complété son allocution, en expliquant sa première affirmation. Il a entre autres, dit que le Placement étudiant du Québec n'avait trouvé que 14,683 emplois pour plus de 100,000 étudiants inscrits cet été comparativement à plus de 37,000 emplois durant l'été 1976. Statistique Canada annonçait en juillet dernier que plus de 49,500 étudiants désirant retourner aux études et cherchant un emploi n'en trouvaient pas au Québec, ce qui indique un taux de chômage de 19.7%. Une enquête effectuée auprès des étudiants de l'Est du Québec, par la Commission des conseillers d'orientation et psychologues de la Fédération des Cégeps, démontrait que 58.8% d'entre eux craignait de ne pouvoir financer adéquatement leurs études principalement à cause de l'augmentation du coût de la vie.

M. Forget a poursuivi en amenant des chiffres qui voulait prouver que l'étudiant du système collégial ou universitaire aux études en 1977 a de moins en moins de chances de se trouver un emploi en sortant de l'école. La deuxième partie de son intervention portait sur les revendications adoptées par le VIIe Congrès National de l'ANEQ. Elles se résument par l'abolition des frais de scolarité à l'université, le non-endettement de l'étudiant, réalisable en partie par la suppression du prêt dans le régime d'aide financière du gouvernement et l'établissement d'un nouveau régime d'aide réaliste qui tienne donc compte des besoins réels de l'étudiant, de même que de ses ressources réelles. François Couture devait ajouter que la gratuité scolaire faisait partie du Programme du Parti Libéral en 1960 et de celui du Parti Québécois depuis 1969.

Après ces allégations, des discussions se sont entamées entre les étudiants du Collège d'Alma et les trois invités de l'Association nationale des Etudiants du Québec. Ces discussions ont porté sur des cas pratiques d'étudiants dans le besoin, les revendications de l'ANEQ, les moyens à prendre pour en arriver à de bons résultats, moyens qui de l'avis de tous, n'amèneront pas une grève générale illimitée des étudiants en novembre prochain. Aussi de la participation des étudiants au VIIIe Congrès National de l'Aneq, qui aura lieu à la fin octobre au Cégep de Trois-Rivières. Il a semblé que tout le monde sortait de cette assemblée satisfait de l'information obtenue et des discussions qui s'y sont déroulées. Les étudiants du Collège d'Alma furent les premiers visités. Le 7 octobre prochain, près de 80 institutions, dont les 38 membres de l'ANEQ, auront reçues la visite des membres du Conseil Exécutif et du Conseil Central de l'organisation nationale. Et déjà au moment d'écrire ces lignes nous pouvons croire que les étudiants du Collège d'Alma ne sont pas les seuls à se soucier de leur situation financière et de l'accessibilité aux études postsecondaires ; ni les seuls à dire que ça ne peut plus continuer comme ça (...)

Deux ans dans les camps de concentration au Chili

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

Réalisé à Dusseldorf, R.F.A. (Allemagne Fédérale)
par Jean-François Couture

«le Québec Etudiant» vous présente dans ce deuxième numéro une entrevue réalisé cet été au Symposium international sur le chômage [Dusseldorf, RFA]. L'entrevue recueille le témoignage de deux étudiants chiliens, représentants du Consejo de Presidentes de federaciones Universitarias de Chile. Nous saisissons donc l'occasion du quatrième anniversaire du coup d'état au Chili [le 11 septembre 1973] pour souligner la lutte du peuple chilien, de sa jeunesse, et de ses organisations démocratiques au Chili et au Québec [Association des chiliens à Montréal et le Centre Pablo Neruda à Québec] contre le régime de dictature du général Pinochet.

La rédaction

Q.- Où vivez-vous présentement?
Daniel.- «En ce moment, nous vivons comme exilés à Frankfort en Allemagne fédérale.»

Q.- A quel moment avez-vous réussi à vous évader du Chili?
Daniel.- «Après avoir travaillé dans la clandestinité jusqu'en 7 5.»
Manquel.- «J'ai été enfermé dans dix camps de concentration divers, avec des tortures également. Pendant 4 mois, j'ai été sans aucune communication.»

Q.- Avez-vous encore de la famille au Chili?
Le traducteur:- «Il ne veut pas donner de détails, mais il a toujours de la famille au Chili.»

Q.- Quelle est la situation dans les universités chiliennes?
Daniel: Nous connaissons tous ce qui se passe présentement dans les universités chiliennes. L'université est contrôlée par des gens désignés par la junte militaire. Le rectorat démocratique d'avant a été aboli. Il y a une ingérence directe par la junte. Il en résulte un vaste licenciement des professeurs qui étaient en fonction avant '73. Egalement, on a changé tous les programmes d'étude en éliminant tout le contenu progressiste de ces programmes. Ils ont fermé beaucoup d'établissements scolaires et universitaires, en particulier une école de journalisme. Il y a des coupures de budget dans l'enseignement universitaire. Le facisme prend pour principe que ce sont les étudiants qui doivent financer l'université. Ils ont la perspective de transformer l'université en entreprise. Les frais d'inscription ont tellement augmenté qu'il devient impossible aux jeunes des familles pauvres d'accéder à l'université.»

Q.- Qui enseigne en ce moment dans les universités chiliennes?
Daniel.- «Malgré l'expulsion de plusieurs professeurs progressistes, il en reste encore. Mais ils subissent une répression constante. Il y a des raids réguliers dans les universités pour obliger les professeurs à prêter une sorte de «serment d'allégeance» envers la junte...»

«...Deux professeurs de droit ont été expulsés du pays pour leurs idées en 1976. Fernando Ortez est un autre exemple: il a complètement disparu. Il est devenu un symbole de tous ceux qui ont été éliminés ou liquidés. Les étudiants ont eu, ont subi eux aussi la répression. Il y a beauxoup d'étudiants qui ont disparu sans traces. L'exemple le plus connu est Carlos Lorca, secrétaire de la Fédération des étudiants Chiliens.»

Q.- Quel sort réserve-t-on aux compagnies multinationales?
Daniel.- «Il faut dire d'abord que le «putch» a été préparé par les militaires traîtres, les compagnies multinationales et la CIA américaine. Plus particulièrement, les compagnies impliquées sont Kennecott, Ferro corporation, Braden copper company et, bien sûr, la ITT (International Telephone and Telegraph co.). La ITT a eu la plus grande contribution, ayant préparé le putch depuis '72. Le coup lui-même est le résultat d'une longue préparation. Lorsque le coup a réussi, les seuls gagnants ont été les multinationales. Une fois au pouvoir. la junte a donné l'occasion à ces firmes d'investir au Chili et même contrôler des sectesurs qu'elles n'avaient même pas avant.»

Q.- où en est la résistance des chiliens?
Manquel.- «Nous voulons clarifier que notre résistance en est une de masse qui s'exprime par l'action des masses, des ouvriers, des étudiants etc.»

«...Malgré la répression, il y a dans la clandestinité une réorganisation des associations d'étudiants. Il faut clairement dire que la junte n'a pas réussi à implanter sa politique et d'y trouver un ralliement. Elle a tenté d'y rallier le mouvement de la jeunesse, mais la résistance a été telle que c'est pratiquement un échec. Il faut mentionner également une proclamation importante de l'Eglise Catholique qui a publié une déclaration pour les droits de l'homme au Chili. C'était non seulement une déclaration pour ces droits, mais aussi contre l'état de misère qui règne au Chili.»

«La résistance prend des formes très différentes. Par exemple, à travers les centres culturels, la résistance trouve une forme d'organisation et de ralliement à la classe ouvrière. Malgré cet état de chose, l'Unité Populaire a réussi à fortifier son organisation, si bien qu'en 1976, il a été possible de tenir une réunion de tous les partis qui forment l'Unité Populaire.»

Q.- Qu'attendez-vous des étudiants du Québec?
Manquel.- «Nous devons dire que toute la solidarité internationale a eu une contribution importante à la lutte du peuple chilien. Ce que nous voulons des étudiants du Québec, c'est qu'ils contribuent à cette solidarité jusqu'à la fin de notre lutte. Nous connaissons bien les manifestations de solidarité qui ont eu lieu au Québec. Nous aimerions que les étudiants fassent des appels pour sauver la vie de tous ceux qui sont détenus et qu'ils participent à la lutte pour la chute de la junte qui se prépare internationalement. Le peuple chilien est reconnaissant de la solidarité internationale dans sa lutte contre la junte.»

À l'Université de Montréal : Boycottage des frais de scolarité

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

«le Québec Etudiant a demandé à un représentant de la Fédération des associations étudiantes du Campus de l'université de Montréal de faire le point sur la situation qui existe actuellement à l'U. de M.
M. Normand

Lapointe y explique les vues et les décisions du mouvement étudiant qui ont amené le boycottage des frais de scolarité.
La rédaction


Il est nécessaire de faire un retour en arrière. On doit se souvenir qu'en hiver 1973, la CREPUQ, (Conférence des Recteurs et des Principaux des Universités du Québec) ait mis au point une entente administrative connue sous le nom de «Protocole» pour faciliter la perception des frais de scolarité. Ce protocole établissait un régime plus astreignant pour l'année suivante. Face à cela les étudiants de l'UQAM et de l'Université de Montréal se mobilisèrent et contestèrent ce protocole.

A l'Université de Montréal, après une lutte acharnée les étudiants ont acquis le droit de payer leur frais de scolarité quant leurs moyens financiers le permettaient, suivaient la même politique qui avait cours auparavant. Aujourd'hui l'université revient sur sa position. Et tente d'obliger les étudiants à payer avant le 25 octobre sinon ils ne seront pas inscrits. M. Lacoste (recteur de l'Université de Montréal) a déjà dit «L'Université a fait un effort de rationalisation de manière à rendre la perception des frais de scolarité à la fois efficace et humaine.» (1)

Lorsque M . Lacoste parle d'une méthode de perception à la fois efficace et humaine sous tend-il la non inscription et l'endettement? Peut-être aussi que M. Lacoste est pris dans la grosse machine de la rentabilisation de l'éducation et que pour se faire il se doit de ne plus prôner des principes d'une haute qualité. Reste à savoir? Et, oui, l'administration de l'Université de Montréal resserre la vis et nous oblige à payer le 25 octobre sous-peine de non inscription. Bien sûr il se vante de garantir des prêts. «Enfin, l'université de Montréal rappelle que les étudiants peuvent grâce à des ententes qu'elle a négociées avec les institutions bancaires, obtenir des prêts sans présenter des garanties personnelles.» (2)

Voyons un peu ce que M. Larose, vice recteur à l'administration pense au sujet de l'endettement des étudiants. Ces quelques lignes sont tirées d'une entrevue radiophonique que M. Larose accorda cet été à CBF (Radio-Canada).

Animatrice : «Est-ce que justement dans le cadre de ces emprunts ça ressemble à celui offert par les Prêts et Bourses du gouvernement? On sait que le gouvernement lui s'engage à payer les intérêts jusqu'à ce que l'étudiant lui, retourne sur le marché du travail, et puisse payer ces emprunts. Est-ce à peu près la même chose?

M. Larose : «Non. En fait les emprunts que font les étudiants aux institutions bancaires, ils doivent payer eux-mêmes les intérêts.
Animatrice : «Mais M. Larose, est-ce que justement ce n'est pas embarquer l'étudiant dans un processus duquel il aura beaucoup de difficultés à se sortir : l'endettement? Surtout si l'on songe... on parle beaucoup de chômage actuellement.

M. Larose :«Ca c'est un problème sérieux mais l'université, ce n'est pas une banque, ce n'est pas une institution bancaire, ni le gouvernement...

Animatrice: «Ce serait quoi les autres façons sans que ça implique l'endettement des étudiants?

M. Larose : «L'endettement des étudiants... Je pense qu'il n'y a pas d'endettement autrement que par des bourses du gouvernement, ou des bourses privées..., les frais de scolarité c'est une partie infime des besoins financiers des étudiants.» (sic)

Il serait intéressant de voir, sur ce même sujet, une autre entrevue que M. Larose a donné à Forum (Journal de l'administration de l'Université de Montréal). «Un étudiant encourt pour sa subsistance de $5000 à $6000 par année et les $500.00 de frais de scolarité représente une somme minime.» (3)

M. Larose a raison quant au montant nécessaire à la subsistance d'un étudiant mais il semble oublier que selon le système Prêts-Bourses 1977, le montant maximum de frais hebdomadaire de subsistance est de $64.75. Cela correspond à $3367 par année et que $500 sur ce montant pour payer ses frais de scolarité correspond à 15%. Est-ce si infime? On parle souvent de démocratisation de l'enseignement. L'accessibilité pour tous ; oui peut-être mais à une condition, l'endettement. Face à cette attitude le Conseil Central de la FAECUM à sa 11e séance adopta la proposition suivante : «il est proposé par le Conseil Exécutif que le Conseil Central de la FAECUM dénonce le durcissement de l'administration de l'Université de Montréal face au paiement des frais de scolarité, durcissement s'attaquant aux droits acquis des étudiants» adopté à l'unanimité. Par la suite lors de la 13e séance le Conseil Central adopta la proposition suivante.
- Attendu le durcissement de la proposition de l'Université de Montréal quant au frais de scolarité.
- Attendu que la FAECUM soit opposée à ce durcissement qui constitue une négation de la situation socioéconomique des étudiants.
- Attendu que l'université, en adoptant les présentes mesures que nous dénonçons, a alimenté le «malaise» des universités en ne consultant pas le corps des intéressés.
- Attendu que les Prêts et Bourses ne sont pour plusieurs perçus rarement avant le mois de novembre et que payer les frais de scolarité engendrait que l'on accentuerait l'endettement de nombreux étudiants.
Il est proposé par l'association en droit que le Conseil Central de la FAECUM mandate le Conseil Exécutif pour revendiquer un retour à la souplesse dans les modalités de paiement et ce de la façon suivante : que les étudiants puissent payer leur frais de scolarité dans les délais que leur permettent leurs moyens financiers et que l'administration cesse toute mesure de désinscription.

Comment expliquer comme le dit M. Jofle. «De plus, M. A. Jofle dit s'inquiéter du nombre restreint de personnes qui prennent les décisions d'importance et qui n'informent la communauté universitaire qu'après coup.» (voir à la référence (1) ). Et oui encore aujourd'hui, l'administration prend des décisions sans discussion avec les individus concernés. Elle crée des conflits et si elle ne revient pas sur sa position, elle aura peut-être une crise sur les bras. Les étudiants avaient acquis après une dure lutte le droit de payer leur frais de scolarité lorsque leurs situations financières le permettaient, aujourd'hui, l'administration de l'Université de Montréal, revit un droit et pire encore nous propose deux alternatives, l'endettement ou la non inscription. Les étudiants n'ont pas d'autre alternative que celle de dire non à cette attitude. Ils ont décidé dse boycotter les frais de scolarité tant et aussi longtemps que la situation ne sera pas rétablie.

Normand Lapointe
coordonnateur à l'organisation
Conseil Exécutif, FAECUM
Fédération des associations étudiantes du Campus de l'Université de Montréal.

(1) Extrait du procès-verbal de la 96e réunion de rassemblée universitaire du 5-3-73.
(2) Communiqué de l'Université de Montréal sur les frais de scolarité. Le 9 septembre 1977 .
(3) Forum, le 18 avril 1977, page 3.

Le campus Sorel-Tracy : Une victoire qui revient aux étudiants

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

par Pierre Potvin

Les étudiants du Campus de Sorel-Tracy réclament depuis huit ans la construction d'un nouveau campus. Celui qu'ils occupent présentement est divisé en trois pavillons séparés par des distances allant jusqu'à un mille et demi. La venue d'un député péquiste dans le comté, M. Maurice Martel ramena encore une fois le problème qui se posait, et cela d'une façon assez aiguë puisque ce dernier avait fait la promesse de faire «quelque chose» pour le campus Sorel-Tracy, qui fait partie du Cegep Bourgchemin. Encore une fois il fallu pour que la grosse machine administrative se mette en marche que les étudiants fassent ressentir leur mécontentement d'une façon marquée. Dès les jours qui suivent l'élection de leur député, des représentations ont été faite auprès du directeur du campus, M. Roland Gaudreault. En février 76, un comité pour l'amélioration des conditions d'études voit le jour et met sur pied un «cahier de revendications» et ceci en consultant les employés. Il faut dire sur le sujet que bien que le terrain pour la construction de ce nouveau campus ait été acheté en 68, rien ne laissait présagé un aboutissement prochain, à cause des coupures budgétaires qui avaient été faites dans l'éducation. Le comité visait à long terme la construction et à court terme l'amélioration des moyens déjà existants. Le Campus Sorel-Tracy, dont le pavillon principal est l'ancien monastère des Pères Franciscains ne correspondaient plus aux normes d'hygiène et de sécurité fixées par le Ministère de l'Education sur beaucoup de ces points le directeur du campus approuvait les étudiants. Mais ceux-ci jugeaient que les moyens pris par le directeur n'étaient pas efficaces et se perdaient dans la pédale de la bureaucratie.

La sensibilisation entreprise par l'Association Générale des Etudiants amena rapidement les étudiants à prendre des mesures concrètes. Tout d'abord en mars 76, l'opinion publique est alertée par la presse et les parents sont invités à une journée d'étude à laquelle tous les employés du Campus étaient invités, sauf l'administration. Mentionnons en passant que le syndicat des professeurs appuyait les étudiants dans leur lutte. Ce qui donna lieu à un comité intersyndical à l'intérieur du campus afin d'étudier les solutions qui pourraient être appliquée dans l'immédiat. En avril, l'AGE emploie une stratégie de harcèlement auprès de l'administration en remettant constamment le problème sur le tapis, à travers les différentes réunions où assistent des étudiants. Vers la fin du mois, une manifestation dans les rues est organisée, elle mena les étudiants sur le site choisi, il y a 8 ans, pour la construction du campus tant souhaité. On y brûla en effigie, le vieux monastère. Ensuite les marcheurs se rendirent devant les bureaux du député, qui après réunion avec les représentants étudiants promet de leur donner une réponse définitive dans les quinze jours, et à la construction, et à leurs demandes d'améliorations des conditions d'études. Le 16 mai, le député avertit les étudiants que la lettre s'est perdue quelque part entre son bureau et le conseil du trésor. En conférence de presse, le directeur du campus annonce le 27 juin, la construction du nouveau campus qui sera terminé pour la rentrée 79 ou la session d'hiver 1980. Et que dans l'immédiat on verrait à réaménager les services audio-visuel, d'hygiène, de sécurité et de sports.

De l'avis des observateurs sur le campus, les étudiants dans leur mobilisation sont pour une très grande part dans l'acquisition de ce nouveau campus et l'amélioration du matériel déjà en place.

Le monde étudiant... partout

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

Manifestation étudiante au Panamà.

(UIE) A l'occasion du llème anniversaire de l'assassinat de Juan Navas, leader étudiant, 25,000 étudiants ont manifesté dans les rues de Panamà. Le point de ralliement de la manifestation, qui était organisée par la Fédération des étudiants Panaméens, était la Place du 5 mai où le drapeau américain a été arraché.

Steve Bilco meurt dans une prison sud-africaine.

(Reuter, AFP, UPI) Arrêté à nouveau le mois dernier pour des motifs inconnus, le militant nationaliste sudafricain Steve Bilco, 30 ans, fondateur de l'Organisation des étudiants d'Afrique du Sud (SASO), est mort en détention. Les autorités sud-africaine ont annoncé que le leader noir avait succombé des suites d'une grève de la faim. On ignorait que M . Bilco avait entrepris en prison une grève de la faim.

L'Aneq invite un représentant de l'UIE à son congrès

(BNIR) A l'unanimité les membres du conseil central de l'Aneq ont invité l'UIE (Union Internationale des Etudiants) à déléguer un représentant au congrès de l'Aneq. Ce dernier prendra la parole, lors du congrès national à Trois-Rivières les 29 et 30 octobre prochains.

Symposium UIE-VDS.

(UIE) L'Union Internationale des étudiants et les VDS viennent de conclure un accord pour la tenue en République Fédérale d'Allemagne d'un symposium étudiant international sur la crise actuelle de l'emploi et ses conséquences pour les jeunes et les étudiants.

Le ministre de l'éducation et le Conseil des universités.

(BNIR) Dans une lettre datée du 7 septembre le ministre Jacques-Yvan Morin demande à l'Aneq de lui suggérer des personnes, pouvant faire parti du Conseil des universités. Les membres du Conseil choisis dans le milieu universitaire et dans le monde des affaires et du travail sont nommés pour quatre ans.

Comité préparatoire de la Rencontre européenne.

(UIE) La première réunion du Comité préparatoire de la 15ème Rencontre européenne des unions nationales d'étudiants a eu lieu à Varsovie, les 13 et 14 juin. Elle était convoquée par l'Union socialiste des étudiants polonais conformément aux recommandations de la 14ème Rencontre européenne.

1er Festival étudiant d'Amérique centrale.

(UIE) Les représentants des étudiants d'Amérique centrale se sont réunis à Tegucigalpa, Honduras, au début du mois de juin pour participer au ler Festival étudiant d'Amérique centrale. Sa réunion a été notamment consacrée aux préparatifs du llème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants.

Tournée nationale de l'Aneq

(BNIR) Sa tournée tirant à sa fin, l'Aneq, par son exécutif, semble être très satisfaite des résultats. Rappelons que pendant cette tournée les représentants de l'Aneq auront visité près de 80 institutions de niveau postsecondaire. Il s'agit de la première tournée de cet envergure qu'un mouvement étudiant du Québec entreprend.

Le Centre chilien «Pablo Neruda» accueillait un représentant de l'Aneq.

(BNIR) Daniel Pauquet, représentant de l'Aneq, a pris la parole à la soirée politico-culturelle chilienne le 10 septembre à l'école Roc-Amadour de Québec. A l'occasion du 4ème anniversaire du coup d'état militaire au Chili, le Centre «Pablo Neruda» avait organisé cette soirée de réflexion. On remarquait la présence de M. Jaime Faivovich, ex Intendant de la province de Santiago et ex-sous-Ministre des transports à l'époque du Gouvernement de Salvador Allende.

Préparatifs de la conférence sur le désarmement.

(UIE) Le premier séminaire préparatoire thématique de la Conférence européenne de la jeunesse et des étudiants sur le désarmement a eu lieu à Prague les 21 et 22 juin. Les participants ont discuté, entre autres, de la nécessité d'élargir le prociassus de détente au domaine militaire, de l'indépendance de la détente politique et de la détente militaire et de la lutte pour l'application des traités internationaux de désarmement.

Congrès de l'UNEF

(UNEF) Le 64ème Congrès de l'Union nationale des étudiants de France a eu lieu à Nancy dernièrement. Les 700 congressistes ont discuté des rapports soumis par la direction de l'Union et ont élu un nouveau Bureau national. Ils ont décidé, entre autres, de lancer un journal de l'UNEF.

Dossier : La gratuité scolaire au Québec

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 02
27 septembre 1977

"Faut que ça change" - Parti Libéral (1960)

par Daniel Pauquet

En 1963, René Lévesque alors ministre des richesses naturelles sous le gouvernement libéral de Jean Lesage déclarait à l'attention du président de l'Association générale des étudiants de l'Université de Montréal (AGEUM) et du recteur de la même université que la gratuité scolaire est le meilleur moyen pour promouvoir la cause de l'éducation et assurer l'accessibilité générale à l'enseignement. A peine quelques années plus tard et toujours dans la même veine, le programme du Parti Québécois dont Monsieur Lévesque est président affirme qu'un gouvernement, du Parti Québécois s'engage à «instituer la gratuité générale des cours à tous les niveaux, étendre jusqu'à l'âge de 18 ans la période de scolarisation obligatoire et établir un système cohérent de bourses ou allocations de subsistance et éventuellement le régime du pré-salaire». Ici, il y a similitude avec le programme du Parti Libéral de 1960 qui à la veille de la révolution tranquille annonce pour l'immédiat la «gratuité scolaire à tous les niveaux de l'enseignement, y compris celui de l'université». Les intentions étaient les mêmes, est-ce qu'il en sera de même pour les réalisations?

Il ne semble pas, du moins selon le discours prononcé par le ministre de l'éducation Jacques-Yvan Morion à l'occassion de l'ouverture de la défense des crédits de l'éducation à la Commission parlementaire de l'éducation, que des changements profonds seront imprimés dans un proche avenir par le nouveau gouvernement. En effet, le ministère de l'éducation malgré les promesses électorales ne fera que continuer «à ajuster les critères de calcul des prêts et des bourses aux étudiants en vue de maintenir le niveau actuel d'accessibilité aux études» (1). Une seule lueur d'espoir demeure à travers le savant langage du ministre de l'éducation et c'est sa récente déclaration au correspondante du Québec Etudiant qui l'interrogeait sur la réalisation de la gratuité scolaire au Québec, ce à quoi Monsieur Morin a répondu «qu'il nous reste très peu à franchir sur le chemin de la gratuité complète et je pense que d'ici quelques années cette étape sera franchie». Ne croirait-on pas entendre Jean Lesage, ancien premier ministre du Québec, qui promettait aux débuts des années 1960 la gratuité scolaire pour 1972. Naturellement, son gouvernement avait demandé qu'on lui donne le temps de la réaliser!

Pourquoi la gratuité scolaire?

Dès son entrée au pouvoir au début des années '60, le gouvernement libéral de Jean Lesage entama les premières grandes transformations de notre système d'enseignement, dont le contrôle était demeuré sous le clergé catholique depuis déjà 1875 ; enfin la population du Québec allait avoir la possibilité de s'épanouir et surtout de rattraper le lourd retard qu'elle avait à l'époque sur les autres parties du Canada dont l'Ontario. Les premières années de cette décennie furent sûrement un vent frais pour chasser les relents du duplessisme. C'est ainsi que comme le dit M. David Munroe en 1975 à l'intention de l'UNESCO «des dix provinces du Canada, c'est le Québec qui a introduit, au cours des années soixante, les réformes les plus étendues dans son enseignement». (2 ) Ces réformes, c'est d'abord le rapport de la Commission Parent qui les ont orientées ; elles visaient avant tout l'extension et l'accessibilité à l'école ainsi que l'introduction d'un enseignement polyvalent permettant à la fois l'entrée d'un plus grand nombre d'étudiants aux études supérieures (formation générale et scientifique plus poussée) et l'entrée rapide sur le marché du travail d'une main-d'oeuvre qualifiée (enseignement professionnel au post-secondaire comprenant l'enseignement des techniques). Et comme le disait M. Hervé Fuyet du Conseil Exécutif du Mouvement pour une école démocratique à l'ouverture du premier colloque de cet organisme, «La réforme scolaire amorcée lors de ce qu'on a appelé la Révolution tranquille se présentait alors essentiellement comme un effort de démocratisation de l'école et de l'enseignement. Il nous apparait évident aujourd'hui que cet objectif n'a pas été atteint de façon satisfaisante. Il nous semble, cependant, que certains progrès ont été réalisés dans le sens de la démocratisation. Ainsi, en dix ans, la scolarisation a progressé de 76.3% au niveau collégial et de 77% au niveau universitaire. Les niveaux d'enseignement élémentaire et secondaire rejoignent la quasi totalité de la population éligible.» (3)

Nonobstant, l'éducation est aujourd'hui en crise. Si en premier lieu le taux élevé du chômage compromet la valeur du diplôme, il y a également, tout le problème que pose les coupes dans le budget de l'éducation au Québec. Ainsi Jean Martel du Soleil annonçait dès janvier '77 une double promotion dans les institutions collégiales, le même journaliste rencontrait le directeur du cegep de Limoilou et relatait que «selon M. Hamel, plus la clientèle augmente, plus les désavantages au plan pédagogique et parapédagogique s'amplifient». Effectivement, puisque ces dernières années, le gouvernement n'a fait que très peu d'effort pour construire de nouveaux bâtiments scolaires suite à ces coupures budgétaires, nous nous retrouvons aujourd'hui dans les classes surchauffées et cela dans plusieurs endroits. Le nouveau ministre de l'éducation allègue que la dénatalité au Québec a grandement milité en faveur de la diminution des crédits dans l'éducation. Toutefois lorsque l'on sait que seulement qu'un pourcentage réduit des étudiants au niveau secondaire accède au niveau collégial, nous sommes tout de même en droit de s'interroger sur la portée réelle de la dénatalité au niveau collégial. D'autant plus que si la dénatalité aurait réellement pour effet de provoquer la diminution des effectifs scolaires au niveau collégial ou universitaire, nous serions en droit à nous attendre que le gouvernement utilise toutes ses ressources pour améliorer la qualité de l'éducation et surtout permettre aux étudiants l'accessibilité financière à l'enseignement supérieur. Même aux Etats-Unis, le gouvernement a été obligé de rejeter certaines coupures projetées restituant ainsi 25.1 millions de dollars an budget du programme de subvention des frais de scolarité, pour l'Etat de New York.

Au Québec comme partout ailleurs au Canada, nous avons assisté à une hausse parfois effarante des frais de scolarité ; car c'est par ce moyen que les gouvernements provinciaux entendent compenser en partie les coupures réalisées depuis ces dernières années. La hausse des frais de scolarité, en plus d'être un obstacle de plus pour limiter l'accessibilité à l'enseignement postsecondaire démontre le caractère discriminatoire de notre système d'enseignement. A ce sujet, l'Americain Association of State Colleges publiait récemment un rapport dont une des conclusions majeures est que les frais de scolarité sont principalement responsables du nombre peu élevé d'étudiants provenant des classes populaires. Entre 1969 et 1973, poursuit le rapport on a enregistré une baisse de 10% dans le groupe d'âge de 18 à 24 ans des étudiants inscrits à plein temps : les revenus de leurs parents étaient inférieurs à $15,000. Ces chiffres sont aussi éloquents pour le Québec.

D'ailleurs, nous pourrons retrouver dans le manifeste d'orientation du Mouvement pour une école démocratique une introduction qui se lit comme suit : «notre école n'est pas vraiment une école de liberté et d'égalité. Ce qui nous apparaît le plus grave de ce point de vue, c'est la sélection sociale qui se réalise depuis le début du cours et qui élimine progressivement du réseau scolaire les enfants des travailleurs, de telle sorte qu'au niveau de l'enseignement supérieur ils sont scandaleusement sous-représentés». Evidemment, l'école n'est pas détachée de l'ensemble de la société, si on parle de son fonctionnement régulier ; la situation économique a visiblement été l'élément déterminant dans les compressions budgétaires exercées par nos gouvernements jusqu'à ce jour. Nous sommes à même de nous rendre compte, que ce soit vis-à-vis le chômage ou encore l'enseignement, que la crise économique actuelle a joué un rôle prépondérant dans les orientations prises par les divers palliers gouvernementaux. Comme le disait Ed Kennedy, vice-président de l'Association nationale des étudiants des Etats-Unis, suite aux gains importants réalisés dans l'Etat de New York : «les étudiants de New York sont à l'avant garde de la lutte contre les coupes dans les budgets de l'enseignement qu'on opère dans tout le pays, partie intégrante de la crise économique générale».

On se souviendra qu'en 1974, les étudiants du Québec ont organisé le plus grand mouvement de protestation jamais connu depuis la chute de l'Union générale des étudiants du Québec (1969) sur ce sujet ; c'était la lutte des prêts et bourses. Il y a à peine quelques mois, les étudiants de l'Université Laval à Québec ont également boycottés pendant près d'un mois le paiement des frais de scolarité afin de pouvoir continuer leurs études dans des conditions saines. C'est d'ailleurs la priorité que reprend l'ANEQ depuis son dernier congrès à Sherbrooke, en y incorporant la lutte contre le chômage. Pour résoudre la situation actuelle et réellement permettre l'accessibilité au plus grand nombre, le gouvernement du Parti Québécois, qui en est déjà convaincu, devra enfin réaliser la gratuité scolaire. Cependant, il doit prendre les moyens qui s'imposent et surtout puiser les ressources financières là où elles se trouvent. Il était dit plus tôt que les monopoles et les multinationales réalisent des profits énormes, pharamineux; voyons ensemble maintenant la tendance de notre régime fiscal : «en 1970, les impôts des corporations représentaient 10.8% des revenus fiscaux du Québec ($242 millions) alors que les impôts des particuliers représentaient 41.7% et la taxe de vente 44.6%». (4) Nous pouvons dire sans ambage qu'il existe un fossé profond entre les revenus de ces mêmes corporations et l'ensemble de la population du Québec et pourtant ce sont même les taxes que payent les travailleurs, les contribuables en général qui permettent aux grandes sociétés transnationales comme ITT de venir s'établir à peu de frais au Québec pour exploiter nos ressources naturelles.

Le gouvernement peut réaliser la gratuité scolaire

Comme le reconnaissait le dernier congrès le l'ANEQ, le nouveau gouvernement peut financièrement réaliser ses promesses en taxant les principaux bénéficiaires de l'enseignement supérieur, soit les monopoles et les grandes sociétés multinationales. On sait toutefois que le premier ministre René Lévesque a déclaré le 25 janvier dernier devant l'Economic Club of New York, cercle sélect des principaux magnats des entreprises transnationales et américaines, que «quant à la prise en charge d'entreprises directement par l'Etat au moyen de nationalisation, il n'en est nullement question dans notre programme». De plus, il a rajouter que «notre gouvernement n'est donc pas hostile aux capitaux étrangers et n'a pas l'intention de lutter contre l'entreprise privée». Il devient assez évident à ce chapitre que le gouvernement ne pourra vraisemblablement jamais accomplir les réformes promises s'il ne prend pas des mesures énergiques pour s'assurer que les profits énormes que réalisent ces sociétés sur le territoire québécois soient utilisés pour le développement de la nation et des services sociaux auxquels elle a droit.

D'ailleurs, voici quelques chiffres assez révélateurs sur la gravité de la situation.

De 1962 à 1968, plus de 3 milliards et demi de profits sont sortis du Québec, sous trois formes :
a) les dividendes et intérêts, qui constituent les profits nets des compagnies, et les dividendes payés aux actionnaires américains,
b) les revenus divers, qui consistent en paiements faits par les filiales d'institutions financières aux maisons-mères des Etats-Unis,
c) les royalties et redevances.

«Si on compare ce chiffre au volume total investi au Québec, on se rend compte que les compagnies américaines ont retiré 1.2 milliards de dollars de plus qu'ils n'en ont investi. «De plus, les importations de capitaux américains restent stables d'année en année. Les compagnies américaines ont de plus en plus le contrôle de tous les secteurs dont ils ont besoin au Québec et n'ont donc plus besoin d'augmenter le volume de leurs investissements. Par contre les profits qui retournent aux Etats-Unis eux, augmentent de plus en plus. Ils ont augmenté de 400% de 1946 à 1968, et continuent d'augmenter en moyenne de 14% par année. En fait, la part des profits réinvestis au Québec est minime (1.1% pour les mines).» (4) D'autre part, il est important de mentionner que les orientations adoptées dans le développement de l'éducation au Québec et au Canada en général sont largement imprimées par l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Un regard bref sur la préface du rapport préparé par cet organisme sur l'éducation au Canada confirme d'ailleurs ce fait : «ce rapport (le rapport préparé par le gouvernement canadien, N.D.L.R.) de base de 750 pages témoigne du sérieux avec lequel les autorités canadiennes ont préparé cette étude. Il faut d'ailleurs noter, dans le même sens, que ces autorités ont considéré ce rapport comme leur propre examen «interne», dont l'examen par l'OCDE serait comme le pendant «externe», adoptant ainsi un point de vue qui est presque devenu une tradition dans cette activité qui incite les autorités nationales à utiliser les procédures d'examen de l'OCDE pour procéder à un auto-examen de leurs politiques d'éducation.» En France, ces politiques ont pris nom de rapport Saunier-Seite, en Ontario de rapport Henderson et au Québec de rapport Nadeau-Gtx ; partout on y note toutefois le souci des autorités gouvernementales d'introduire des contre-réformes afin de limiter l'accès à l'enseignement post-secondaire et surtout d'augmenter les coupes budgétaires au niveau de l'éducation avec pour conséquence une dégradation croissante de la qualité de l'éducation.

C'est sûrement sous ce rapport que la résolution adoptée par le Mouvement pour une école démocratique à son premier colloque en décembre 1976 prend toute son importance ; en effet le Colloque s'était alors prononcé pour «le droit pour les Québécois à une école gênée démocratiquement et libérée de l'emprise des monopoles industriels et financiers». (5)

A la croisée des chemins : un choix s'impose

Le nouveau gouvernement a affirmé à maintes reprises qu'il était le gouvernement de tous les québécois et qu'il représentait ainsi tous les intérêts dans la société. L'histoire récente du Québec nous enseigne cependant qu'il existe parfois des intérêts qui sont loin d'être convergents ; le gouvernement a donc à choisir aujourd'hui. Pour réaliser la gratuité scolaire, il doit pouvoir compter sur les ressources financières du pays, détenues par les monopoles et les multinationales et il a tout le pouvoir politique pour le faire : que ce soit par loi, décret ou autrement. Le choix est maintenant à faire.

(1) Nouveau Départ, L'éducation en 1977-78. Texte du discours de M. Jacques-Yvan Morin, Gouvernement du Québec, mai 1977.
(2) MUNROE, David. Etude de cas sur les nouveaux types de structures universitaires au Canada. DE 77. UIE, Prague 1977, p. 32
(3) FUYET, Hervé. Discours d'ouverture du colloque pour une école démocratique, Décembre 1975, Montréal
(4) Carrefour international, DOSSIER QUEBEC. no. 1, mars 1975
(5) Le Mouvement pour une école démocratique regroupe les organismes suivants : la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ), l'Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ), le Parti communiste du Québec (PCQ) et la Fédération des unions de familles (FUF).

Mot de bienvenue

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Chers(es) amis (es) lecteurs, voici le premier numéro de ce qui devrait devenir le lien entre tous les étudiants du Québec. «Le QUEBEC ETUDIANT» est le fruit d'une collaboration de plusieurs organismes et associations qui oeuvrent pour le monde étudiant. L'ANEQ, éditeur de la revue, y voit un moyen bien précis de sensibiliser les étudiants aux problèmes et aspirations du mouvement étudiant. La diversité de la revue essaiera de rendre plus attrayante sa lecture. Les niveaux d'intérêts ont été choisis pour intéresser le plus grand nombre de lecteurs. Le «dossier» sera la coeur et le thème de chacun des numéros. Au cours des prochaines parutions, trois autres chroniques viendront se greffer aux quatre déjà existante. La communication ne devrait pas être à sens unique, c'est pour cela que nous accorderons beaucoup d'importance aux commentaires de nos lecteurs. L'information à caractère provincial occupera évidemment une place prépondérante mais grâce à des ententes avec la CUP [Canadian University Press] et l'UIE [Union internationale des étudiants] nous aborderons les problèmes étudiants de tout le Canada et du monde en général.

Le voeu formulé par la rédaction du «le QUEBEC ETUDIANT» est que chaque étudiant se sente parent de la revue.

Pierre Potvin
Rédacteur en chef

Emplois d'été : "L'as-tu ton inter?"

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Cet été, les emplois ont été tirés à l'ordinateur par le service de placement étudiant. Si cette formule élimine le favoritisme, elle n'en révèle pas moins le ridicule d'une situation où des milliers de jeunes sont sans emploi. Une telle «Loterie» constitue un aveu d'impuissance du ministère du travail face au chômage record que nous atteignons. Encore plus contradictoire que cette contribution d'été qu'exige le service des Prêts-Bourses même si l'étudiant n'a pu travailler. Par exemple, un étudiant qui chôme 10 semaines se voit exigé un montant égal à 5 semaines de travail [exactement la moitié] au salaire minimum. Non seulement on exige un revenu inexistant, plus ridicule encore, on exige la moitié de ce que l'étudiant n'a pas. Ce n'est pas l'égalité des chances, mais bien l'égalité des risques qui se réalise sous nos yeux... S'étonnera-t-on, à présent, de l'insécurité dont témoignent plusieurs étudiants quand à la poursuite de leurs études et aux débouchés futurs? L'accessibilité à l'éducation demeurera un vain mot tant que dureront de telles pratiques, pour le moins hasardeuses et arbitraires.

Y a-t-il une solution à notre insécurité?
Le gouvernement, dans ses déclarations, tente par toutes sortes de moyens de faire croire qu'il n'y a pas d'issue, que peut-être, un jour, il y en aura. Ces prétextes ne sont pas nouveaux. Depuis bien des années on promet aux étudiants et au peuple en général des améliorations notables «dès que les finances publiques le permettront». L'histoire des luttes passées nous apprend qu'aucune de ces promesses n'a été une garantie. Dès qu'on rappelle aux politiciens leurs promesses passées, ils se dépêchent aussitôt de les remettre au futur.

Nos demandes sont-elles réalisables?
Elles le sont beaucoup plus qu'on ne le laisse croire . En effet, depuis 1960, on s'aperçoit que les grandes corporations qui possèdent le pays ont été de moins en moins taxées, tandis que les particuliers l'ont été de plus en plus. Alors que les corporations contribuaient pour 27% des revenus de la province en 1961, elles ne représentent plus que 10 .8% en 1970. D'autre part, les particuliers ont raison de se plaindre puisque leur part est passée de 16.5% des impôts à 41.7% dans le même laps de temps. Si on manque d'argent pour les pensions, pour les bourses et la création d'emploi, c'est que l'argent a pris une autre destination. Les grandes compagnies jouissent de privilèges incroyables : par exemple, la compagnie ITT dispose à elle seule d'un territoire plus grand que la Belgique et la Hollande. Ce territoire, situé sur la côte nord, a été concédé par la province sous le régime libéral, en plus d'un «cadeau» de 40 millions, ce qui représente un quart de l'investissement total.

On voit où va l'argent.
Le gouvernement du Québec est maintenant devant un choix précis . Il a le choix entre maintenir les privilèges exagérés aux «gros» de la finance, ou bien se ranger aux côtés de la population et puiser l'argent où il est. Et il y est! Les données publiées par U.S. survey of current business nous indiquent que les investissements américains au Canada ont occasionné un reflux de profits de 5 milliards 869 millions entre 1960 et 1967. en sept ans, les investisseurs américains sont «rentrés» dans leur argent et ont fait un milliard 744 millions en plus! Il y a déjà dix ans de cela.

Doit-on craindre de revendiquer?
Demander selon ses besoins n'est pas illogique . Lors d'une émission télévisée, Robert Bourassa menaçait . «Je ne suis pas pour réduire les pensions de vieillesse, disait-il, pour donner de meilleures bourses aux étudiants» . Cette méthode est bien connue. On l'appelle chantage . M. Bourassa savait pourtant fort bien que les millions qu'il cédait en subventions permettaient au même moment à quelques «grands» d'empocher à coups de milliards . Quand le gouvernement traite nos demandes d'utopie, il fait un choix très clair : il se range avec une poignée de grands patrons, soit par amour, soit par crainte. Le jour où nos dirigeants décideront de favoriser davantage la population et un peu moins les multinationales, ils auront certainement l'appui de tous ceux qui en ont assez des faveurs et de la mollesse.

François Couture,
Secrétaire-général de l'ANEQ

Les étudiants du Cégep Ste-Foy gagnent une annexe

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Les étudiants du Cégep Ste-Foy ont remporté une bataille importante dans leur institution. Début avril 77 les étudiantes apprenaient avec surprise que pour l'année suivante l'administration prévoyait 324 inscriptions de plus dans un CEGEP déjà fort achalandé (3800 étudiants) et prévu pour 3,500. Contacté, le directeur-général M. Ghislain Jobin révéla que pour remédier à ce surplus d'étudiants il envisageait déménager les techniques forestières dans un autre endroit, soit Ste-Foy ou Québec. Ceux-ci correspondaient en nombre (350 inscrits) au surplus annoncé, également les techniques forestières utilisent le plus petit nombre de départements, ce qui facilitait leur expulsion.

La bataille dura un mois ; les étudiants réunis en assemblée générale (participation spectaculaire pour la fin d'une session : 1200 personnes présentes) endossèrent la solution proposée par l'association soit la construction d'une annexe composée de sept classes, d'une cafétéria, de bureaux de professeurs et d'une salle d'étude. C'est à ce moment que commencèrent les démarches d'Éric Hufty (représentant au comité pédagogique) du comité de coordination avec l'aide des cinq autres membres.

Après une rencontre avec le directeur-général qui écarta ce projet comme irréalisable le comité contacta la DGEC (direction générale de l'enseignement collégial). Pour donner un poids politique au projet Eric Hufty appela Claude Morin, député de Louis-Hébert (ministre des affaires intergouvernementales) qui appuya les revendications.

Pendant ce temps le comité de coordination faisait adopter une deuxième solution au problème : l'explosion de la grille-horaire, ajoutant 30 minutes de cours le matin et 30 minutes le soir, solution qui n'eut pas de lendemain puisque la DGEC donna son consentement pour l'annexe de 11,000 pieds carrés $309,000. celle-ci passerait sur le budget courant du CEGEP. A un détail près la victoire fut complète, il n'y aurait pas de salle d'étude mais tous les autres locaux y seraient.

Eric Hufty donnait ainsi la leçon à retenir de cette bataille : «devant une attitude sérieuse et déterminée des étudiants le gouvernement doit inévitablement s'y intéresser.»

P. Potvin

Les tendances politiques dans le mouvement étudiant

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

(BNIR) L'existance d'un grand nombre de tendances politiques et d'opinions diverses a toujours constitué un problème au sein des organisations syndicales étudiantes . En effet, comment rallier ensemble tous les étudiants autour d'objectifs communs alors que plusieurs groupes ou partis tentent d'imposer leurs propres vues? Au cours des années '60, alors qu'il rédigeait l'historique de la lutte de l'UGEQ sur la gratuité scolaire, Jean Taillon écrit : «Depuis la fondation de l'UGEQ, les dirigeants étudiants se préoccupent de la question, mais des conflits idéologiques (sic) empêchent le front commun étudiant.» En 1969, c'est la confusion politique qui amena la dissolution de l'Union Générale des étudiants du Québec (UGEQ). On voit donc comment ce problème, s'il n'est pas résolu, peut être néfaste à l'avancement des luttes étudiantes. C'est pourquoi l'Aneq a adopté en juillet 1977 une position formelle face à cette question. La résolution ne nie aucunement le droit de chaque étudiant d'avoir ses propres opinions et de les exprimer. Cependant, il est clairement stipulé que des individus ne doivent pas tenter de subordonner l'Aneq aux fins de leur parti ou de leurs opinions personnelles. Cela signifie que chacun se doit de respecter les décisions de la majorité, votées dans les assemblées générales étudiantes ou autres instances de représentation syndicale.

Voici le texte de la résolution :

L'Aneq est un mouvement de masse et les étudiants y adhèrent non pas sur leurs opinions politiques ou leur militantisme, mais plutôt sur la base de leurs intérêts.
L'Aneq doit affirmer son autonomie vis à vis quelque groupe ou parti politique que ce soit.
L'Aneq doit avoir comme but premier la défense des intérêts de ses membres.
L'Aneq ne doit pas dénoncer un ou plusieurs militants parce qu'ils sont d'un groupe ou d'un parti politique quelconque.

Quelques exemples du passé :
- Lors de manifestations, quelques militants distribuent des tracts, ce qui crée une confusion sur la nature de la manifestation.
- Lors de manifestations, quelques militants arborent des slogans appartenant à des groupes politiques, ce qui sème encore une fois la confusion sur la nature même de la manifestation.
- A chaque occasion où il y a un compromis de fait, c'est selon ces militants une compromission et une traîtrise qu'il faut dénoncer.
- Utilisation du nom de PEN (Presse étudiante nationale) malgré la dissolution de l'ancien exécutif.
- Ces divers groupes s'affrontent, sans qu'on puisse s'y retrouver, en prétendant être les seuls à pouvoir guider correctement les revendications étudiantes.
- Aux congrès, quelques militants distribuent des tracts associant les militants de l'Aneq à un groupe politique.

Conscient que l'Aneq ne doit pas devenir une arène où se disputent les défenseurs d'idéologies politiques :
L'Aneq dénonce ces pratiques qui affaiblissent le mouvement étudiant en provoquant la confusion, la division, et les réactions de droite. L'Aneq confirme sa démarche autonome par rapport à tout parti, mouvement ou groupe politique. Les membres et les militants des associations étudiantes ne doivent pas utiliser l'Aneq, ni la subordonner aux fins de leur parti, de leur mouvement ou de leur groupe politique. L'Aneq se devra de dénoncer tout membre qui essaient d'utiliser l'Aneq pour des fins autres que celles de l'Aneq.

Proposé par l'association générale des étudiants du Cégep de Trois-Rivières
Adopté par le 7e Congrès national de l'Aneq, Sherbrooke, juillet 1977

110 millions en moins

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Une étude de la CSN affirme que les récents amendements à l'assurance chômage auront pour effet d'enlever 110 millions de dollars aux travailleurs canadiens. En effet, selon l'étude, les dispositions du bill C-27 attaquent particulièrement les travailleurs ayant de 8 à 11 semaines d'emploi assurable, et qui perdront leur droit à l'assurance chômage. Ces mesures ont été justifiées par le gouvernement en prétextant que 80% des chômeurs visés n'ont aucune personne à charge et que 50% ont moins de 25 ans. Il s'agit donc d'une mesure qui affecte en grande partie la jeunesse et les étudiants dont plusieurs seront privés de sécurité et de revenu. Enfin, on se souviendra que l'assurance chômage est le fruit de luttes acharnées du mouvement syndical pour la sécurité de revenu. C'est pourquoi les centrales syndicales ont vivement dénoncé la loi C-27 qui revient en arrière sur des avantages acquis chèrement par les travailleurs canadiens.

Le salaire étudiant est-il souhaitable?

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Dès les années '60, les étudiants ont été amenés à se pencher sur la question de leur revenu. Parmi les solutions proposées à long terme au problème étudiant, le salaire étudiant a fait sa marque. En effet, il était l'objectif ultime visé par l'Union Générale des Etudiants du Québec (1964-1969). Fait à noter, le salaire étudiant figure aussi au programme du Parti Québéèois, actuellement au pouvoir. Comment une telle mesure peut-elle se justifier?

Le pré-salaire, ou salaire étudiant est basé sur l'argument qui veut que l'éducation contribue à développer la technologie et à augmenter la production des biens et services dans un pays donné. Dans une telle optique, la main-d'oeuvre instruite est considérée comme une ressource économique. Cette ressource est le fruit du travail des professeurs, des employés scolaires et des étudiants. Considéré sous cet angle, l'étudiant est non seulement l'objet de la formation, mais aussi un travailleur intellectuel. C'est un fait, d'ailleurs que chaque étudiant doit investir des énergies pour acquérir une formation. Dans l'optique du salaire étudiant, le travail de l'étudiant est un travail productif.

L'étudiant, une fois formé et embauché, fournit un rendement qui requiert l'usage des connaissances acquises. C'est pourquoi l'UGEQ prônait le salaire étudiant comme étant la rémunération de l'étudiant pour son travail intellectuel. L'AGEUM et l'UGEQ ont défini à maintes reprises l'étudiant comme un jeune travailleur intellectuel à rendement différé, voulant indiquer ainsi que le travail de l'étudiant n'est pas improductif. La formation acquise par l'étudiant lui permet de produire ; et même si cette production ne se manifeste qu'après les études, elle est intrinsèquement liée à ces études. La pensée actuelle du syndicalisme étudiant se fonde sur ce principe.

Or, si l'étudiant est un travailleur, il en découle que comme tous les autres travailleurs il a droit au travail. Il est donc absurde, dans cette optique, de lui faire payer l'exercice d'un tel droit. Il serait logique, au contraire, que l'étudiant soit rémunéré pour son travail, que ce soit par le pré-salaire, par des allocation d'études ou selon quelque autre formule.» (Tiré de : Gratuité Scol., rétrospective et généralités. AGEUM, 1966)

Pour prouver la rentabilité économique de l'éducation et du travail de l'étudiant, LAGEUM citait dans le même dossier les travaux d'économistes et de sociologues américains. Ceux-ci attribuaient à l'éducation la croissance du produit national, l'augmentation du rendement des entreprises et le développement technique. «En fait, la généralisation de l'éducation est également rentable économiquement pour l'ensemble de la population comme l'ont illustré plusieurs sociologue, notamment Edward F. Denison et Théodore Schultz, aux Etats-Unis. De ces études, on retiendra particulièrement les points suivants :

- Aux Etats-Unis, entre 1929 et 1957, un plus haut degré d'instruction chez la classe ouvrière a été la cause de la croissance de l'ordre de 21 pour cent enrégistrée au poste du revenu national.
- De plus, ce progrès généralisé du savoir, au niveau notamment de la recherche, du développement et de l'administration, est cause d'un autre 19%, ce qui porte le total de l'acquis à 40%. Denison estime également que l'embauche s'est accrue de 32%.
- D'ici 1980, toujours aux Etats-Unis, Denison prévoit que l'éducation et l'expansion généralisée du savoir vont contribuer tout autant à la croissance du revenu national que ces mêmes facteurs l'ont fait depuis 1929.

La raison de ces phénomènes, c'est que l'instruction :
- crée de nouveaux produits
- crée de nouveaux emplois
- crée de nouvelles techniques
- augmente le rendement des entreprises existantes
- crée de nouvelles entreprises
- augmente les revenus fiscaux de l'état.»
(Gratuité Scol. .., AGEUM 1966)

Au Québec, la grande expansion de l'éducation réalisée au cours des années '60 correspondait effectivement à une «prospérité» économique et à des profits fabuleux pour les grands investisseurs qui contrôlent le pays. Entre 1960 et 1967, (période où s'est amorcée la réforme de l'éducation) on estime à 5 milliards 869 millions de dollars le total des profits américains au Canada, pour un investissement total de 4 milliards 125 millions. (Source: U.S . survey of current business). C'était il y a dix ans...

Les affirmations de l'UGEQ trouvent donc une certaine confirmation. Il serait aussi important de souligner l'essor de la consommation qu'a provoqué la réforme de l'enseignement. En effet, le marché des produits «de luxe» des voyages, automobiles etc. a eu sa part de bénéfice quand apparurent les cadres, techniciens etc. fraîchement émoulus des Polyvalentes, Cégeps et Universités.

Il est des pays où les formules de pré-salaire ont cours. Il s'agit des pays dits socialistes où l'éducation est considérée comme un investissement collectif et l'étudiant, comme un travailleur intellectuel. Cependant, ces pays exercent une sélection à l'entrée, selon les exigences de l'économie. A cette fin, les étudiants doivent répondre le mieux possible à un certain nombre d'exigences académiques. Les «meilleurs» sont choisis pour accéder aux études supérieures. C'est un autre aspect du pré-salaire que nous abordons ici : le salaire étudiant a pour implication d'exiger une planification de l'école et du nombre d'étudiants en fonction des besoins de l'économie. En effet, que l'étudiant produise un rendement différé soit, mais encore faut-il qu'il ait un emploi pour fournir ce rendement.

Dans un système économique comme le nôtre, alors que le patronat préfère mécaniser et mettre du personnel à pied, l'établissement d'un salaire étudiant risquerait d'entraîner un accroissement de la sélection et du contingentement. En effet, à supposer que le gouvernement reconnaisse légalement l'étudiant comme un travailleur intellectuel à rendement différé, la logique de cette affirmation le pousserait à ne former qu'un nombre restreint d'étudiants, selon les exigences des patrons.

Nous en arrivons donc à la conclusion qu'il faudrait non seulement viser une rémunération de l'étudiant, mais aussi des mesures permettant de créer des emplois, de façon à ce que le potentiel de main-d'oeuvre formé par nos écoles serve à quelque chose. A ce propos, l'ANEQ avance actuellement qu'il serait souhaitable que l'état affecte la main-d'oeuvre inactive à des travaux susceptibles de remplir des besoins actuellement négligés par le patronat. La construction domiciliaire, les garderies, sont autant de services susceptibles de fournir des emplois. C'est donc un débat très intéressant qui s'ouvre maintenant sur le revenu de l'étudiant. L'hypothèse du salaire étudiant, entre autres, doit être examinée. Est-elle souhaitable? Si oui à quelles conditions et à quelle échéance? Voilà autant de questions sur la table. Il reste aux étudiants d'en discuter et d'en disposer.

"Il y a d'autres secteurs de la population qui crient famine...!"

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

[Entrevue avec Jacques-Yvan Morin, alors ministre de l'éducation.]

QÉ : Considérez-vous la clientèle étudiante comme acquise au Parti Québécois ou à sa philosophie de l'éducation?
- La clientèle étudiante reflète en générale les orientations politiques de ses aînés. Il n'y a pour ainsi dire pas de différence en termes de pourcentage. Les jeunes, on a pu le constater statistiquement parlant, sont orientés souvent selon les choix politiques des parents.

QÉ : Dans la situation actuelle, la clientèle vous est-elle favorable dans une majorité?
- Oui, en majorité, nous avons lieu de croire, à partir de sondages, qu'elle est peut-être un peu plus favorable que les autres classes d'âge. Les sondages nous ont démontré que notre force est répartie à peu près également sur toutes les classes d'âge. Peut-être un peu moins passée la cinquantaine, peut-être un petit peu plus en bas de trente ans, mais ce ne sont pas des écarts considérables par rapport aux autres fourchettes d'âge.

QÉ : De quelle façon considérez-vous la clientèle étudiante en tant que centrale syndicale ou comme force d'association, est-ce une véritable force?
- Si une centrale possède une force politique considérable, surtout si elle est vraiment représentative de ses membres. De ce point de vue, il importe beaucoup au ministre de l'éducation et au gouvernement que ses politiques éducatives obtiennent l'appui de toutes les centrales syndicales. Bien sûr, à plus forte raison d'une centrale comme la CEQ qui est axée directement sur les activités éducatives, ou encore d'une centrale comme l'Aneq.

QÉ : Est-ce que l'Aneq a un poids spécial pour vous?
- Elle représente le milieu étudiant de façon . . . en particulier depuis quelques années, d'une façon que je juge très intéressante. En tout cas, je ne voudrais pas prendre une décision majeure sans connaître le point de vue de l'Aneq. Je ne dis pas que nous sommes à la remorque de ces centrales, mais nous ne voudrions pas prendre de décisions majeures sans savoir ce qu'elles pensent, sans les avoir consultées. C'est la raison pour laquelle j'ai rencontré d'ailleurs, dès les premiers mois de mon entrée au ministère, les représentants de l'Aneq.

QÉ : Dans votre discours à l'assemblée nationale, le coût de l'éducation était selon vous, trop élevé.
- C'est un des coûts les plus élevés du monde occidental, par tête, j'entends. C'est parce qu'il faut tenir compte aussi des affaires sociales. Il n'y a pas que l'éducation qui soit au nombre des préoccupations du gouvernement. Il y a d'autres secteurs de la population qui crient famine et qu'on ne peut pas négliger non plus. Je pense, par exemple, au secteur des garderies, aux personnes âgées ; elles aussi ont besoin de l'attention du gouvernement, et si, pour mettre plus d'argent dans l'éducation nous soyons obligés de négliger ces autres responsabilités sociales, je ne pense pas que nous soyons un bon gouvernement.

QÉ : N'est-ce pas faire porter l'odieux de la situation sur les étudiants? Robert Bourassa disait : «Va t'il falloir diminuer les pensions de vieillesse pour pouvoir vous donner une certaine gratuité ou des avantages de Prêts Bourses?»
- Entendons-nous bien. Au niveau de l'école primaire, secondaire et du Collège, nous avons atteint la gratuité. Au niveau universitaire, les frais de scolarité ne représentent pas 10% des argents qui sont dépensés par les universités dans l'enseignement supérieur. De sorte qu'il nous reste très peu à franchir sur le chemin de la gratuité complète et je pense que d'ici quelques années cette étape sera franchie. Donc on va vers la gratuité complète de l'enseignement. Il faut bien sûr rétablir les finances publiques avant de procéder à ces étapes-là pour être bien sûr que nous ne pénalisons pas d'autres secteurs de la population.

QÉ : Quand vous parlez de gratuité, parlez-vous des frais à l'inscription?
- Je pense aux frais de scolarité qui vous le savez maintenant ne sont plus exigés que dans quelques établissements universitaires (sic). Dans d'autres maintenant, c'est la gratuité. (1)

QÉ : Ces frais représentent un très petit pourcentage des frais qu'un étudiant doit débourser pour son habillement, son logement et sa nourriture dans le milieu universitaire, y compris tous les services connexes.
- C'est justement la raison pour laquelle il y a un système de Prêts et Bourses.

QÉ : Vous croyez donc qu'un étudiant doit s'endetter pour persévérer dans ses études?
- Non. L'étudiant ne devrait pas, du moins, se trouver handicapé au départ en sortant de ses études. Il peut, cependant... compte tenu du fait que beaucoup d'entre-eux travaillent. Il peut cependant, et la société attend de lui qu'il fasse un certain effort pour obtenir son éducation compte-tenu de l'état actuel des finances du Québec. Peut-être que le moment viendra, et je souhaite que le moment vienne, où nous pourrons songer à des formules non seulement de gratuité scolaire, mais aussi de pré-salaire. Vous savez que beaucoup de gens au sein du parti Québécois songent à des formules comme celle-là.

QÉ : Le régime des prêts et bourses exige actuellement de l'étudiant la moitié de ce qu'il n'a pas. On fait des opérations mathématiques sur une somme qui n'existe pas toujours, pour nombre d'étudiants.
- C'est un fait. Etant donné ce que ça coûte, nous ne pouvons pas faire mieux pour l'instant.

QÉ : Cela remet sur le tapis la question de l'accessibilité. Vous disiez dans un discours à l'assemblée nationale que l'accessibilité serait maintenue au niveau actuel pour 1977-78. Pensez-vous que la population du Québec de toutes classes peut se prévaloir de l'éducation supérieure? François Cloutier, votre prédécesseur affirmait que l'éducation n'était pas encore également accessible à tous les secteurs de la population?
- Ca reste juste quoiqu'il y ait eu quelques améliorations depuis l'an dernier, mais il reste vrai que tous les garçons, toutes les filles qui ont le talent pour faire des études supérieures n'y ont pas accès.

QÉ : Le régime actuel de prêts-bourses, par la dépendance aux parents, prive ceux dont les familles ne peuvent réellement payer.
- C'est juste. Dans un premier temps, il faut constamment améliorer les normes exigibles en vertu des prêts-bourses et, à un moment qui reste à déterminer et que je souhaite le plus rapproché possible, mais qui dépend cependant de l'état des finances du Québec, il va falloir dans un deuxième temps que nous songions à des formules plus généreuses que les prêts-bourses.

QÉ : Dans le programme du parti Québécois, il est écrit qu'un gouvernement du parti Québécois s'engage à instituer la gratuité scolaire à tous les niveaux. Aucune date n'est mentionnée. Le problème a été posé dès 1945 par le Quartier Latin, repris en 1963 par M. René Lévesque, et en 1966 le gouvernement libéral prévoyait établir avant 1972 la gratuité scolaire à tous les paliers. Le gouvernement du parti Québécois voit encore à long terme ces mesures?
- Entendons-nous bien . Il le voit, si possible, au cours de son premier mandat, aussitôt que les finances publiques du Québec nous permettront de faire encore mieux que nous n'avons fait jusqu'ici . ( . . .)

Entrevue par P. Potvin

1 - Après vérification, dans toutes les universités au Québec, les étudiants doivent payer des frais de scolarité. Quelques endroits accordent un délai de paiement, de 6 à 12 mois. (BNIR)

Université Laval ; La lutte est loin d'être finie

Le Québec Étudiant
Volume 01 - Numéro 01
6 septembre 1977

Pour une université telle que Laval on peut considérer la lutte des prêts-bourses, suite au conflit du syndicat des professeurs envers leur employeur, comme étant historique. En effet depuis 1969 où il y avait eu occupation par une vingtaine d'étudiants du bureau du recteur dans la tour des sciences de l'éducation, aucune contestation d'envergure n'avait pris forme à Laval.

Cette année, Laval a vécu les conflits les plus intenses de son histoire. Le syndicat des professeurs nouvellement fermé (depuis 1975) entreprit une grève de quatre mois pour avoir une nouvelle convention collective. C'est à la suite de ce conflit qu'est né le problème des prêts-bourses ou plus singulièrement les difficultées financières des étudiants de poursuivre, à cause de revenus insuffisants, une année scolaire prolongée jusqu'au 8 juillet. Après le réaménagement des prêts-bourses apporté par le ministre de l'éducation, les étudiants commencèrent à réaliser les problèmes financiers qui s'annonçaient. Le Rep (regroupement des étudiants de premier cycle) évalua la situation pour ainsi décider d'établir un certain nombre de revendications.

Le ministère de l'éducation accepta deux des cinq revendications et ce, en partie. Tout d'abord, un prêt sans intérêt égal aux frais de scolarité, remboursable six mois après la fin des études ou au plus tard le ler novembre 1979 ; ensuite une indemnisation pour les étudiants-finissants consistant en un calcul de dix semaines de revenus supplémentaires additionnés au montant obtenu normalement. Au chapitre des revendications refusées on peut lire; gratuité scolaire pour tous à la deuxième session, indemnisation adéquate pour les pertes encourues cet automne (1976) et ne retenir aucun revenu d'emploi d'été compte tenu du peu d'emplois disponibles au 8 juillet.

«Discréditer les étudiants en les isolant, une vieille, mais efficace tactique d'isoler les étudiants par rapport à la population en tentant de faire croire à celle-ci que les étudiants d'université (considérés encore socialement privilégiés) sont irresponsables et cherchent à faire de l'argent sur le dos de la population». Jean Baillargeon, secrétaire général du Rep, définissait de cette façon la stratégie du gouvernement durant ce conflit. Le comité ad hoc sur les prêts-bourses (du Rep) écrit dans son rapport que lors de leur recherche, il s'est vite aperçu que le gouvernement, loin de perdre de l'argent avec le conflit de travail à Laval, en avait économisé et cela pour un montant approximatif de 13 millions. Les média de communication mettaient en évidence davantage la supposée non-représentativité du mouvement, plus particulièrement du Rep, plutôt que ses revendications. Pour le Rep, les représentants du gouvernement ont cherché à gagner du temps afin de voir si les étudiants maintiendraient leurs revendications et le boycottage des frais de scolarité et obliger les étudiants à faire l'objet de la preuve. Le Rep se reproche, d'autre part, d'avoir consacré trop d'énergie à l'administration de l'université et d'avoir délaissé les pressions sur le gouvernement.

Mentionnons la manoeuvre du conseil de l'université de tenir une inscription par la poste visant à abolir le principal moyen de pression ; le boycottage des frais de scolarité. En dernier lieu, l'injonction de la Cour Supérieure signifié au Rep, à sept étudiants qui occupaient diverses fonctions dans le regroupement et à toutes personnes qui en avaient connaissance. Cette dernière est une mesure qu'employa l'université pour expulser les étudiants du bureau du recteur, occupé depuis dix jours, également pour interdire aux étudiants la tenue de lignes de piquetage au Pavillon de la bibliothèque où sont situés les principaux bureaux de l'administration. L' injonction prendra fin le 15 septembre prochain. Au Rep on accueille l'injonction en déclarant qu'elle brime les droits collectifs de manifester son mécontentement face à une situation financière qui se dégradait de jour en jour.

Quant à la mobilisation, en moins de six semaines il y eut près de 30 assemblées, dont quatre assemblées générales. A la deuxième manifestation plus de 1,000 étudiants ont marché sur le parlement. Une moyenne de 1,500 à 2,000 personnes assistèrent aux trois premières assemblées générales.

A la fin forcée de la lutte le Rep lançait ce message: «Cet automne 77 les étudiants de Laval auront rendez-vous avec l'ensemble des étudiants de la province, pour lutter contre l'endettement, le régime inadéquat des prêts-bourses, le sous-emploi des étudiants et le chômage pour les finissants. Espérons que les étudiants de Laval seront au rendez-vous fort d'une expérience acquise durement».

P. Potvin